Il fallait une sorte de déchirure, de cassure brève mais irrémédiablement fatale, pour vraiment me dire de passer à autre chose. Passer à quoi ? Je ne sais pas encore, mais passer son chemin, en tout cas, passer le relais et laisser la vie continuer d'un coté. La mienne ? Voyons, chacun sait que ma vie à moi n'est qu'une succession de n'importe quoi, d'inutilité constante et de source de douleur. Alors oui, fallait tout déchirer jusqu'au dernier morceau.
Je crois d'ailleurs qu'il m'est resté en travers de la gorge, pas encore bien assimilé au reste du troupeau qui stagne sagement au fond de ma poubelle et au fond de mes pensées. Il y a cette boule qui enfle quand je te vois, quand je te parles et qui s'envole quand tu n'es pas là. Un jour peut etre elle m'étouffera, comme j'ai suffoqué tant de fois pour des idioties que j'écoutais, toujours.
Je n'ai rien relu, donc par conséquent je ne me souviens pas de tout. Elle ne restera pas gravée, cette lettre, cette évocation de joie devenue rage et peine. Méthodiquement, par rangées successives, tout déchirer. L'enveloppe, le papier, la carte, les mots, le timbre, l'adresse, l'amour. Tout déchirer, et puis jeter.
Et tout me fixe depuis le fond de ma poubelle, désormais noyé dans les autres papiers, les trucs publicitaires, relayés à la même importance. Aussi banal qu'une pub pour portables ou même un vieux sachet de thé. Parfois je distingue encore une souche de phrase, de mot ou de pensée. Je n'arrive pas à les terminé... après tout la colère fait bien son ouvrage.
C'est déchiré, voila. Au fond de ma poubelle vont stagner les regrets, les sourires si brefs et les pleurs enragés.
Tout est parti, comme ça.
A la tienne et surtout, ne t'approche pas trop de moi.
(car malgrès les oublies, le temps fais de sérieux dégats).


